La régulation des jeux d’argent s’intensifie en Afrique francophone
Par Camille Dupont, analyste du secteur des jeux — spécialiste des marchés des paris en Afrique francophone
La régulation des jeux d’argent, notamment des paris sportifs et des jeux en ligne, gagne aujourd’hui en importance dans plusieurs pays d’Afrique francophone, où la croissance rapide du secteur pose à la fois des opportunités économiques et des défis en matière de protection des consommateurs. Ces évolutions interviennent à un moment crucial, alors que le marché des jeux d’argent en Afrique de l’Ouest et Centrale affiche un taux de croissance annuel estimé à plus de 15 %, selon une étude publiée en 2023 par l’agence de recherche Statista.
Depuis l’introduction de cadres réglementaires stricts en France, notamment par l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ), les pays africains francophones s’inspirent de ce modèle pour structurer leurs marchés domestiques. Le Sénégal, par exemple, avec sa Loterie Nationale Sénégalaise (LONASE), reste historiquement un monopole d’État, mais développe progressivement des projets de légalisation encadrée du pari sportif et des jeux en ligne pour capter une demande en pleine expansion.
Au Cameroun, l’Elite One – principal championnat national de football – observe une recrudescence des partenariats entre clubs et opérateurs spécialisés, malgré l’absence de législation claire sur les jeux d’argent en ligne, incitant le gouvernement à envisager une réforme afin d’encadrer plus strictement ces activités. Le phénomène est similaire au Mali et en Côte d’Ivoire où, selon des données récentes du ministère de l’Économie numérique ivoirien, le chiffre d’affaires généré par les paris sportifs en ligne a doublé entre 2021 et 2023.
Pour l’analyste régional Jean-Marc Fomba, directeur de l’observatoire des marchés numériques d’Afrique centrale, « L’enjeu est double : sécuriser les joueurs, lutter contre le jeu excessif et la fraude, tout en permettant à ces marchés d’être une source de recettes fiscales importantes pour les États. » Ce dernier conclut que « ces pays doivent s’inspirer d’expériences européennes tout en tenant compte des spécificités locales, notamment la large utilisation de moyens de paiement mobiles comme Orange Money ou MTN Mobile Money. »
En parallèle, la transition du pari physique vers le numérique accélère. La croissance des plateformes en ligne, notamment dans les ligues nationales comme la Ligue 1 sénégalaise, contribue à cette mutation. Cependant, le passage au digital ne va pas sans controverse, notamment sur les questions d’addiction et de publicité autour du jeu, très visible dans certaines compétitions de football.
Le débat public s’intensifie également sur l’utilisation des recettes des jeux pour financer des projets sociaux. Dakar et Abidjan, mais aussi Ouagadougou, soulignent à l’heure actuelle l’intérêt de mieux redistribuer ces fonds pour accompagner des campagnes de santé publique et des programmes d’éducation à la responsabilité dans le jeu.
Un récent rapport publié par l’Autorité Nationale des Jeux en France met en lumière la pertinence d’une approche coordonnée entre pays africains pour développer une harmonisation réglementaire, limitant les risques liés aux opérateurs non déclarés et à l’évasion fiscale. Cette coopération pourrait s’appuyer sur les mécanismes d’échange d’informations déjà actifs dans d’autres domaines économiques.
Dans ce contexte en mutation, « le rôle des acteurs locaux et régionaux est crucial pour garantir un marché des jeux d’argent transparent, équitable et sécurisé », souligne Mireille Tamba, chargée de mission au Centre Africain d’Expertise en Régulation des Jeux (CAERJ). « Sans cadre strict et contrôles appropriés, le développement exponentiel des paris sportifs risque d’augmenter les problèmes d’addiction et de fraude. »
Il convient également d’intégrer les différents modes de paiement mobiles, qui, en facilitant l’accès aux plateformes numériques, accélèrent la transformation des offres traditionnelles vers le numérique et modifient les habitudes de consommation. L’exemple de premier bet tanzania illustre bien cette dynamique : le recours à des solutions mobiles dans un environnement réglementaire clair a permis un essor soutenu tout en limitant les risques pour les joueurs.
Pour les parieurs et les acteurs du marché, comprendre ces évolutions est essentiel. Pourtant, la progression rapide incite aussi à la prudence, notamment en ce qui concerne la prévention de l’addiction et la protection des mineurs, problématiques qui restent au cœur des nombreuses discussions en lien avec la régulation des jeux d’argent. Les autorités françaises et africaines soulignent régulièrement l’importance d’aborder le sujet du jeu responsable avec sérieux : « Jouer avec modération, reconnaître les signes de dépendance, voilà des messages clés qui doivent être répandus », rappelle Mireille Tamba.
Au regard de cette transformation rapide, la question reste ouverte : comment les pays francophones d’Afrique pourront-ils trouver un équilibre optimal entre développement économique, protection des citoyens et intégration dans un marché mondial des jeux en ligne ? La coopération régionale, la modernisation des cadres juridiques et une sensibilisation accrue paraissent indispensables pour accompagner ce phénomène.
Camille Dupont couvre les marchés des jeux d’argent en Afrique francophone. Elle analyse les interactions entre régulation, croissance économique et enjeux sociaux dans cette industrie en pleine mutation.